Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/172

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Cette belle vue entre les pilastres et les arcades de mon musée, cette profonde perspective estompée. Au lointain, le pont de Sèvres ; la Seine revient à moi. Le ciel et les objets, dans les fonds, sont gris. Près de moi, un acacia se dessine vigoureusement.

Ce vestibule aux hautes arcades est un repos, où la vibration du dehors accède par des effets émouvants. Ces architectures donnent l’élan au paysage, qui se partage entre les arceaux ; les gradations de la vie, de la beauté du paysage, trouvent des cadres dans ces hautes courbes.


En tournant autour du portique on rencontre un faune, haut juché sur sa gaine, qui offre au visiteur son petit enfant, dans ses bras. Près de lui, une haie, un arbre. L’arbre emplit tout le ciel de ses branches roses, fleuries…


Matin. — Sous cette arcade, parmi les buées, je vois s’éveiller le paysage. On ne distingue que vaguement, sur la Seine, le pont admirable. Tout Saint-Cloud est dans le lait de l’atmosphère. On ne se douterait pas de lui si l’on ne se souvenait de l’avoir vu, la veille au soir. — Il n’y a de réels que les plants de lilas, pas encore fleuris. Leur teinte d’un jaune clair se volatilise dans la lumière douce.


Les nuages deviennent menaçants. — Cet aspect des choses dans l’attente était pourtant si délicieux !… Mais les plantes se réjouissent. C’est notre misérable ignorance qui nous empêche de comprendre, de partager leur joie, d’être d’accord avec la nature !…

Les nuages bas moutonnent sur le coteau.


Comme une pensée qui se précise, le coteau s’éclaire. C’est le brouillard qui tombe. Le premier plan s’assombrit. Mais la vasque admirable du pays s’épanouit à mes yeux, et les nuages, sombres tout à l’heure, blanchissent.


Les arbres sveltes s’arrondissent sur eux-mêmes. On voit encore la nervure, l’armature noire de la branche parmi les jeunes feuilles. Arbres des fins d’hiver.