Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/184

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AUX PAYS DE LA LOIRE


La Loire, cette veine aorte de notre France !

Fleuve de lumière, de vie doucement heureuse !

Cette matinée est calme jusqu’aux derniers horizons. Tout repose. Partout de pleins effets de lenteur, d’ordre. Le bonheur est visible partout. Brume colorée et embaumée du beau temps.

Trouve-t-on, hors de ces contrées, cette égalité rassurante, réconfortante, de l’air et de la lumière ?

Ce gris fin, ce gris doux de la Loire sous les nuages, ces toits gris de la ville, ce pont gris de vieille pierre…

Un soleil irrésolu éclaire capricieusement le paysage.


Cette fois, je n’aurai pas vu de Cathédrales ; mais j’ai vu le ciel même, qui verse un bonheur bleu. Comme des feuilles d’acanthe, des nuages occupaient toute la droite, s’élançant par bonds légers, comme des vols d’anges gothiques.

Journée glorieuse. Loire d’acier, moirée dans toute sa largeur.

O surtout la jeunesse de ce ciel ! Sa fleur, son bleu, et la gaîté douce de ses blancs habitants, les nuages !

Tout le bonheur de mon jadis me revient.


Ce chemin bordé d’ombrages, qui venait à nous, s’en retourne avec ses arbres.


La Loire en écharpe, en ruban d’argent s’éteint dans le sous-bois des saules et des peupliers ; verdures au premier plan. Dans la prairie, ces forteresses de peupliers ! — La mousse jaune tache harmonieusement la pierre et l’arbre grisâtres.


Les maisons, dans la vaste plaine, ne rappellent-elles pas les vaches paissant ? Et celles-là, sur une longue ligne, comme des bœufs, à la queue leu leu…