Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/197

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La mesure de l’ornement gothique reste sensible jusqu’au Louis XVI, inclusivement.


Dans la campagne, rouge sur fond uni, le soleil couchant d’hiver brille sur le moisi des arbres dénudés.

O don divin ! S’intéresser en quelque mesure à ce grand drame, le comprendre, et intervenir !…


III


Beaugency.

… Accoudé à la fenêtre de ma chambre d’hôtel, je regarde, de haut et de loin, le monde, comme Dieu le Père, et je le juge.

Je vois passer une carriole traînée par un âne. Dans la carriole, toute une petite famille, la mère, jeune encore, les filles et les garçons, et le père, vieillissant, — saint Joseph… Tous ont leurs plus beaux habits, et j’admire leur élégance. Car tous ces beaux habits, de la petite famille et des gens qui vont et viennent autour de la carriole, me paraissent élégants. Ce sont, pour la plupart, des blouses, dont les plis racontent le corps et le métier de ceux qui les portent.

Quelle douce grisaille répandue sur tout ce petit pays, sur les arbres et les maisons, sur les vêtements, sur les mouvements harmonieux des hommes, des animaux ! — Des jeunes filles passent, triomphantes, orgueil de la terre et de la race…

J’exerce avec bienveillance mes fonctions terribles de juge ; je fais passer tout le monde à droite : autant de sauvés. Voilà des gens qui ne se doutent pas de leur bonheur… Mais, sans que je m’en mêle, ne sont-ils pas heureux, en effet ? Ils sont paisibles, et leur vie s’écoule dans un demi-silence. Ils sont comme ce printemps, si pâle, encore tout voisin de l’hiver, avec du soleil et de la chaleur en dedans.

Ce peuple est très doux, tout à fait étranger à la sévère époque où naquit sa Cathédrale romane. Pourtant, cette foule, anathématisée par les pharmaciens et les savants, a gardé assez généralement le goût de la prière.