Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/198

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C’est à l’église que va la petite famille, dans la carriole : en entrant, elle considérera avec respect la perspective formidable et devinera le ciel au bout.

Cela n’empêche pas la femme de voir en son mari un maître, un Dieu. Pour les enfants, parmi lesquels il y aura de petits artisans, ils regardent de tous leurs yeux, de toute leur intelligence : ils comprennent ! Ils s’assimilent sans peine, parce qu’ils sont simples, ce qui dans ce mystère leur est destiné. Car l’église est une œuvre d’art dérivée de la nature, accessible par là aux esprits simples et vrais… Toutefois, le vieux saint Joseph, le père, est parti pour le cabaret. Il pérore — je n’entends que lui — il dit des bêtises, il trône, fier de ses grandes filles… Bientôt, ses enfants et sa femme le rejoignent. On sent que la famille rassemblée est toute vibrante de naïf orgueil et de joie.

C’est Pâques.


Une petite Française vue à l’église…

Un petit muguet fleuri, dans une robe neuve… La volupté est encore étrangère à ces lignes adolescentes. Quelle grâce modeste ! Si cette jeune fille savait regarder et voir, elle reconnaîtrait son portrait dans tous les portails de nos églises gothiques, car elle est l’incarnation de notre style, de notre art, de notre France.

Placé derrière elle, je ne voyais que le chiffre général de sa personne et le rose velouté de sa joue d’enfant-femme. Mais elle lève la tête, se détourne un instant de son petit livre, et un profil de jeune ange apparaît. C’est, dans tout son charme, la jeune fille de la province française : simplicité, honnêteté, tendresse, intelligence, et ce calme souriant de l’innocence vraie, qui se propage comme une douce contagion et verse la paix dans les cœurs les plus troublés.

La Modestie et la Mesure sont les grandes qualités des Françaises. Nos jeunes filles (loin de Paris) portent ces deux mots clairement inscrits sur leur front, et l’esprit moderne, par miracle, n’est pas encore parvenu à les y effacer. Sur les bords de la Loire, notamment, on reconnaît souvent la fraîcheur originelle de la race en d’admirables exemplaires féminins. — Ne changeons donc rien à l’éducation de nos femmes ; elles sont bien ainsi, et la plus belle des Vénus antiques était moins belle. Ne