Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/211

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Murs cyclopéens égayés par les végétations, toujours décoratives. Ainsi le Gothique assemble et régulièrement entasse des pierres, des soubassements, et tout en haut ajuste des fleurons, des crochets, des épines, à l’imitation des végétations grimpantes.

Toutes les lignes sont des lignes de victoire. Elles plafonnent superbement, portées par le développement logique de tout l’édifice.

C’est l’effet toujours tenté dans les écoles, sans succès, parce que l’école invente des règles qui ne sont pas ratifiées par la nature. La nature refuse de se greffer sur nos rêves. Elle reste fidèle à ses propres lois, qui ne la trompent jamais : comme la mer a ses limites, les mouvements ont leur justesse. — Les Gothiques n’inventent rien. Les inventions sont des blasphèmes.


Économie des effets. Voici des colonnes et des colonnettes qui montent jusqu’en haut sur un seul plan droit. Elles ne demandent un effet qu’aux chapiteaux forts et saillants. Nous retrouvons ce principe au mur du Théâtre d’Orange. C’est un mur, aux deux tiers de sa hauteur : de grosses pierres profondément saillantes donnent à cette large surface sa force de beauté.


Au sommet des hautes nefs, dans le fond, filtre un rayon qui se répand dans tout le vaisseau, se jouant à différentes hauteurs ; on croit voir au-dessus de lui, dans ce ciel de pierre, un nuage orageux.

Les reflets violacés des vitraux colorent l’abside des tons d’une palette impressionniste.


La femme, dans le récit de la Genèse, est créée après l’homme ; la grâce suit la force.

Le Gothique est toujours plus noir, d’effets plus rapprochés que la Renaissance. Celle-ci étale les effets et les dissout dans la grâce incomparable qui est sa marque propre, dans la douceur qui est son expression. Elle conserve des sillons noirs, à grands intervalles : c’est l’attique français. Sa générale teinte blonde trouve dans ces noirs, très rares, le rehaut, le ressort qui la met en valeur. Je ne sais rien d’aussi ravissant. — Aux XIIIe,