Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/246

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Les Cathédrales devraient nous donner tant d’orgueil ! Elles ont engendré la force dont les derniers restes nous animent encore. N’avez-vous plus le désir de la santé ? Ne comprendriez-vous même plus ce que c’est ?

Les Cathédrales, c’est la France. Tandis que je les contemple, je sens nos ascendants qui montent et qui descendent en moi, comme sur une autre échelle de Jacob.

Oh ! quelle pitié de voir s’ériger à grands frais de vastes hôtels de confort et de luxe, qui sont hideusement somptueux, et périr les vrais motifs de gloire !


Peut-être est-il nécessaire que les soleils tombent ?

Nous vivons tout près de tant de belles choses, et la plupart d’entre nous ne les voient pas ! Et elles ne persuadent, elles ne préservent que si peu d’esprits parmi ceux qui les voient !

Notre ignorance des chefs-d’œuvre est l’oubli de notre vérité. En pénétrant les yeux, la beauté éveille le cœur à l’amour, et hors l’amour rien ne vaut.

Mais on n’enseigne plus l’amour.

Si la compréhension du beau était affaire d’éducation, d’instruction, comment pourrions-nous en être privés, nous, les modernes, qui sommes privilégiés parmi les privilégiés ? N’avons-nous pas dans nos musées l’Égypte, l’Assyrie, l’Inde, la Perse, la Grèce, Rome ? sur notre sol les vestiges sublimes du Gothique, du Roman, et ces charmantes merveilles, nos vieilles maisons, belles de proportions jusqu’au Premier Empire inclusivement, si sévèrement élégantes dans leur style d’autrefois, avec cette grâce éloquente jusque par sa réserve, et quelquefois inscrite dans un simple bandeau sans moulures ?

Nous avons tout cela, et nos architectes font les bâtisses que vous savez. Dans la statuaire, le moulage sur nature, cette plaie cancéreuse de l’art, prospère !

Ah ! Proportion ! synthèse des arts ! perfection insaisissable ! Le sentiment de ta vérité nous pénètre lentement d’une sorte de terreur salutaire, qui nous purifie et nous grandit. Mais où es-tu maintenant ? L’artiste semble avoir perdu jusqu’à la notion de ton existence, depuis qu’il a