Page:Aymar de Saint-Saud - Armorial des prélats français du XIXe siècle (1906).djvu/35

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ARMORIAL DES PRÉLATS

avaient modifié cet ordre de choses en enjoignant aux Abbés de ne porter la crosse que tournée en dedans, ce qui exprimait que leur juridiction était tout intérieure... Puérilité et vanité que toutes ces vaines précautions, que Rome n'a jamais sanctionnées et dont le temps a fait justice. » (Barbier de Montault).

Nous nous permettons une légère protestation contre cette appréciation du savant mais malicieux prélat, surtout depuis la disparition de l'usage de voiler d’un linge fin la volute de la crosse abbatiale, pour la différencier de celle de l'évêque, et marquer une certaine soumission à l'Ordinaire ; usage qui établissait une réelle démarcation.

Cette distinction de position de la volute de la crosse est absolument rationnelle. Bien que n’ayant aucune qualité pour le faire, nous nous permettons d’insister pour que nos Abbés français, ayant souci de la tradition française, conservent un usage qui date de trois siècles. Il y a des exceptions, nous ne l’ignorons pas, et émanant de prélats de mérite, comme de Dom Couturier, Abbé de Solesmes ; ces exceptions peuvent aussi provenir de l’ignorance de fait, comme celle de notre regretté ami, Dom Rousseau, Abbé de Beauchêne.

Nos dignes Abbés ne veulent certes pas qu’on les prenne pour des évêques, aussi voudront-ils bien nous excuser de leur demander : « En quoi vos armoiries sculptées, en quoi leur empreinte noire sur un texte imprimé, se différencieront-elles de celles d’un évêque, puisque comme le sien votre chapeau a maintenant six glands, puisque la mitre précieuse timbre votre écu ? — Nous ne portons pas la croix, me direz-vous. — Plusieurs évéques, répondrons-nous, ne la mettent pas non plus dans leurs armes. » Nous ne voyons pas ce que cette distinction dans la position de la crosse, distinction qui ne fait tort à personne, peut avoir de puéril et de vaniteux.

Ajoutons, pour ceux qui acceptent cette manière de tourner la crosse en se conformant à un usage ancien et rationnel, que si elle est posée toute seule au milieu de l’écu, elle doit regarder^ pour les abbés et les abbayes, la gauche (la dextre), bien qu’en réalité cette place centrale ne fasse présumer rien d’intérieur ou d’extérieur. D’autre part, les évéques éviteront de tomber dans une erreur semblable à celle que commirent NN. SS. Pie et Mathieu dans un de leurs sceaux à impression d’évéques de Poitiers et d’Angers, quand ils tournèrent à dextre la volute de leur crosse posée vers l'angle ou au centre de l’écu.

Les personnes qui ne sont pas partisans de la position intérieure, — si on peut parler ainsi, — disent qu’elle est moderne et d’un usage exclusivement français. C’est une erreur. Dernièrement nous avons vu, dans les deux transepts de l’abbaye bénédictine de Saint-Germer-de-Fly (fin du XIIe siècle), des crosses d’écussons abbatiaux tournées à dextre ; de même, dans une des églises de Cologne ; de même encore, au musée de Gand, sur la dalle funéraire de Léonard Betton, abbé de Saint-Trond, mort en 1607.

On dit quelquefois qu'une crosse toute seule derrière un écu indique un blason d’abbesse. Ce n’est pas exact. Les Bénédictins, des maîtres en ces questions et devant qui on doit s’incliner — sauf peut-être pour la position de la crosse, qu’ils me pardonnent de le leur dire, avec tout le respect que j’ai pour eux, —