Page:Banville - Eudore Cléaz, 1870.djvu/22

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— Parlez, madame, dit Étienne Cléaz, et dites-nous si vous n’êtes pas vous-même un de ces anges que vous nommez, car comment avez-vous pu deviner les plus secrètes pensées de ma fille, pour lui faire ce présent que son cœur met au-dessus de toutes les richesses du monde ?

— Il faut, monsieur, reprit Antonia, que vous connaissiez toute ma vie. Mon père était un ouvrier typographe distingué, et s’était marié à la meilleure, à la plus aimante des femmes. Je passe sur les douloureux événements de famille qui nous firent quitter l’Alsace, notre pays, il y a un peu plus de deux ans. En arrivant à Paris, mon père, très-instruit pour un ouvrier, extrêmement habile dans sa profession et que partout on choisissait de préférence pour travailler à l’impression de livres hébreux, grecs et latins, trouva tout de suite du travail à l’imprimerie Lahure. Ceci, monsieur, vous expliquera comment votre nom, vos travaux et votre personne nous étaient connus, et comment nous connaissions aussi la science et la beauté de Mlle Eudore, car lorsque vous passez le dimanche dans le Luxembourg ou dans les vieilles rues de ce quartier, les ouvriers, parmi lesquels vous êtes populaire, sans le savoir sans doute, vous montrent à leurs compagnons et vous citent entre eux comme le plus parfait modèle de grandeur et de vertu ignorées.

— Oh ! madame, interrompit Cléaz, dont un éloge pouvait seul troubler la sérénité habituelle, se peut-il