Page:Banville - Gringoire, 1890.djvu/25

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blanc et le dos voûté. Et celui à qui tu penses quand tu es toute seule, est un jeune apprenti aux cheveux blonds qui n’a que son aune ! Ce n’est pas là un obstacle. Par ma patronne ! J’enrichirai si bien l’apprenti qu’il pourra festoyer son ancien maître sur une nappe peluchée, dans une bonne et solide vaisselle d’argent. Ainsi, nomme-le sans crainte.

LOYSE.

Sire, je ne me soucie pas plus d’un apprenti que d’un marchand.

SIMON FOURNIEZ, avec colère.

Peut-être que tu nous trouves de trop basse lignée pour toi !

LOYSE, au Roi.

Il ne m’appartient pas de rabaisser l’état que mon père exerce avec honneur, -

SIMON FOURNIEZ.

Eh bien, alors ?

LOYSE, continuant.

Mais je ne vois pas de différence entre une boutique et une prison. Quoi ! Rester ainsi dans cette ombre, dans cet ennui, quand le monde est si grand, quand il y a tant de cieux, tant de terres, tant de rivières, tant d’étoiles !

LE ROI.

Tu ne veux pas d’un marchand ? … Tu te tais ?

LOYSE.

Sire…

NICOLE.

Soyez tranquille, Sire. Loyse me dit tout, et je la confesserai.

LOYSE.

Je n’ai pas de secrets, ma tante. Le Roi le sait bien, ma mère était fille d’un drapier de Tours. Toute petite enfant, comme elle jouait sur les bords de la Loire, elle avait été enlevée par des Bohémiens. Douze ans plus tard on la retrouva par miracle, restée sage, vertueuse et douce, mais elle avait gardé de sa