Page:Banville - Gringoire, 1890.djvu/30

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SIMON FOURNIEZ, au Roi.

Sait-il seulement ce qu’il fait ? Gringoire, Sire, est un enfant.

OLIVIER-LE-DAIM.

Un enfant méchant et dangereux, comme tous ses pareils ! Les rimeurs sont une sorte de fous qu’on n’enferme pas, je ne sais pourquoi, bien que le plus sain d’entre eux soupe du clair de lune, et se conduise avec moins de jugement qu’une bête apprivoisée.

NICOLE, indignée.

Oh ! (au Roi.) Est-ce la vérité, Sire ?

LE ROI.

Pas tout à fait, et messire Olivier-Le-Daim est un peu trop fier. Vous semblez, Nicole, vous intéresser vivement à ce rimeur, qui vous a chantée ?

NICOLE.

Oui, Sire. J’avoue hautement que je l’aime.

LE ROI.

Vous l’aimez ?

NICOLE.

Cordialement. Et si Gringoire n’était fier comme l’empereur des Turcs, il aurait toujours chez nous une place au foyer et un bon repas. Quand je le vis pour la première fois, c’est il y a trois ans, par le rude hiver qu’il fit alors, où pendant deux mois la terre fut toute blanche de neige. Gringoire était assis sous le porche d’une maison de la rue du Cygne ; il avait sur ses genoux deux petits enfants égarés qu’il avait trouvés pleurant après leur mère, et grelottant de froid. Il avait ôté de dessus ses épaules son méchant pourpoint troué pour les envelopper dedans, et, resté à demi nu, il berçait les petits, en leur disant un cantique de la sainte Vierge.

LE ROI, après avoir rêvé.

je veux voir ce Gringoire.

OLIVIER-LE-DAIM, déconcerté.

Ah !