Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/13

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



AVANT-PROPOS


La Lanterne magique a un très grand avantage sur tous les autres livres contemporains : c’est que je l’ai écrite pour les gens qui ne lisent pas et qui n’ont pas le temps de lire, c’est-à-dire pour tout le monde. En effet, quelle est la mesure du temps qu’on a pour lire ? Deux minutes, tout au plus.

Le mari, les deux minutes pendant lesquelles, ayant déjà pour sortir son chapeau sur la tête et sa mince canne à la main, il attend que madame achève de boutonner les derniers boutons de ses gants. Quant à la femme, le seul moment dont elle puisse disposer en faveur de la littérature, c’est les deux minutes pendant lesquelles sa femme de chambre lui met ses bas, comme en témoigne le spirituel dessin de Georges Rochegrosse placé en tête de ce volume.

Or mon livre est, après les Fantaisies de Gaspard de la Nuit et les Poèmes en Prose de Baudelaire,