Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/32

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autre fils, le petit prince Roland, qui, lancé comme une flèche à travers les allées du parc, monte à cru, sans selle ni mors, un noir cheval indompté, dont ses petites mains tiennent solidement la flottante chevelure. Bien vite un des grands écuyers a été envoyé pour veiller sur l’enfant. Cependant, la Reine pâlissante défaille, et après l’avoir fait asseoir dans un fauteuil, la duchesse Hermia lui fait respirer des sels.

— « Ah ! madame, dit-elle, laissez-les faire. Ils ne seront jamais trop téméraires en leur ardeur sauvage, ni trop cavaliers et soldats, pour triompher de tous les dangers qui les menaceront.

— Hélas ! murmure tristement la Reine, que ne sont-ils nés humblement dans une vie obscure, et n’ayant devant eux que le doux accomplissement d’un devoir facile !

— Mais, ma chère maîtresse, dit la duchesse Hermia, en accentuant sa jolie petite moue pleine de grâce qui rend les hommes fous, Votre Majesté songe-t-elle que si le prince Laertes et le beau petit prince Roland étaient nés de la sorte, on en aurait indubitablement fait — des avocats ! »


VII. — LE GENDARME

Monté sur son cheval solide comme un éléphant, le bon gendarme Tortezat marche gaiement au trot, caressé par le vent d’orage, sans s’inquiéter de la pluie