Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/40

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immobile, elle s’amuse à contempler fixement le Feu, où s’entassent et se déroulent mille féeries.

Des fleuves de métaux en fusion coulent entre des montagnes bleues et violettes. Au-dessus d’eux s’élancent fièrement des arches de cuivre rouge, sur lesquelles des Amazones en armures d’or pourpré tendent leurs arcs et lancent leurs flèches d’airain. Des monstres, des dragons, des lions, des oiseaux rouges s’agitent dans des nappes d’embrasement et d’aurore, d’où tout à coup s’échappe un triomphe de gerbes d’étincelles. Dans une calme Tempé rougissante dansent voluptueusement les minces Salamandres aux robes orangées. Elles s’enlacent, se mêlent, lèvent leurs bras gracieux et envoient à Jacqueline Mézy leurs roses sourires. Mais tandis qu’elles s’enfuient sous les pâlissants ombrages de corail, une infâme vieille toute rouge, aux longs cheveux de nacre blanche, dont le nez de rubis rejoint le menton de rubis, s’avance tout au bord de la flamme, et montrant ses dents écarlates et sa langue verte, interpelle férocement Jacqueline :

— « Est-ce qu’il n’est pas tout à fait l’heure de dormir ! lui dit-elle. Ou, si tu ne veux pas te mettre au lit, tâche du moins de passer un peignoir, — malhonnête ! »