Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/44

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charbon incandescent et, en guise de thé, boivent des tasses de flamme.

À l’ombre d’une roche sinistre, les sorcières cuisinent dans une marmite irritée d’où sortent des sanglots, et plus loin le bal s’est engagé, au son de motifs empruntés à nos meilleures opérettes et joués à la fois sur mille pianos, par deux mille pianistes. Parfois les danseurs, pour se reposer, ôtent leur tête et se la mettent sous le bras, et Thieunne Paget effroyablement nue, dont la chevelure crispée a adopté une pose horizontale, s’élance en un prodigieux cavalier seul, bondissante et frappant du bout de son pied le nez de son vis-à-vis et les chauves-souris écarlates qui s’envolent.

— « Allons ! dit, avec un soupir, Satan agréablement choyé par deux jeunes Sorcières, dont l’une lui lisse les cheveux avec un peigne de fer rouge, tandis que l’autre lui a passé autour du cou ses bras nus, je vois que ce Samedi-ci se passera encore comme les autres ! Mes sujets sont en somme fort aimables ; mais j’ai bien peur de ne pouvoir jamais en faire de véritables gens du monde. »


XV. — LE PRINTEMPS

La petite Marguerite de Toiras se promène avec son cousin Paul, dans le vaste parc où joue et rit le fauve soleil. Avril a jeté sur les arbres son odorante neige et