Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/48

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d’un jaune rosâtre à grandes fleurs, ses formes opulentes déroulent leurs magnifiques lignes ; ses traits hardis et purs sont d’une charmeresse dominatrice, et le dessin de sa bouche rouge et charnue éveille l’idée de perfection. Sur son cou robuste un collier d’un seul rang, fait de perles d’un prix inestimable, complète une étrange harmonie de blancheurs, et ses seins lourds, qu’on voit plus qu’à demi, sont pareils à la chair blanche et savoureuse des lys.

Subitement, un rayon de soleil a inondé de sa flamme le noble visage de madame de Riberpré. Un vague, un fugitif, un imperceptible mouvement a contracté les yeux du comte ; mais ce mouvement, Jacqueline l’a surpris, et elle s’est sentie frappée, comme d’un coup de couteau, en plein cœur. Car elle est certaine qu’à ce moment-là, sous la fulgurante clarté, son amant a vu les rares fibrilles rouges qui déjà couperosent sa joue superbe, et les cinq ou six gros cheveux blancs, implacables indices de la vieillesse prochaine, qui brutalement se glissent dans sa noire, épaisse et soyeuse chevelure.


XVIII. — L’HIVER

Pâle, mince, terriblement vieille, mais belle toujours, car le Temps lui-même ne sait pas déformer de tels visages augustes, la duchesse de Galatis est assise près d’une fenêtre à vitraux, dans une chambre du château