Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/52

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travers les fentes des rideaux ses brûlantes flèches d’or, elle a à peine le temps de se déshabiller et de se jeter dans son lit, gracieusement refait et défait par la soubrette Léonide, qui aussitôt introduit Jaix, l’ami sérieux, et elle offre à ce spéculateur le régal d’un joli réveil d’oiseau.

— « Ah ! paresseuse, dit Jaix affriandé, vous vous éveillez seulement !

— Oui, répond la belle indolente, quand vous n’êtes pas là, je m’ennuie tant que j’aime mieux dormir.

— Alors, je fais bien de travailler pour vous, » dit-il, en offrant timidement un petit portefeuille blanc, autour duquel est figurée une dentelle d’or, et qui, à part les billets de banque dont il est plein, aurait encore son mérite, comme maroquinerie.

— « Oh ! murmure Delphine d’un ton de reproche, encore de l’argent ! Ne savez-vous pas, mon ami, que tout ne m’est rien, hors votre amour ? »

(Car, pour être avalées sans difficulté, ces sortes de calembredaines doivent être bêtes comme le cri d’une oie, et nettes comme le coup de massue asséné par un Indien Sioux.)


XXI. — L’APRÈS-MIDI

L’écuyère Maria paraît enfin, montée sur son cheval noir Sélini, dans l’allée printanière aux vertes pelouses, où fleurissent les marronniers et les arbres de Judée.