Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/65

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pourras, comme un journal, et sans rien qui rappelle la subtile intelligence des comédiens. »

Laure obéit, et de sa voix mâle, pure, adorablement sonore, caressante et riche, lit, le plus bêtement qu’elle peut, les vers du grand Théophile Gautier :


À travers la folle risée
Que Saint-Marc renvoie au Lido,
Une gamme monte en fusée,
Comme au clair de lune un jet d’eau…

À l’air qui jase d’un ton bouffe
Et secoue au vent ses grelots,
Un regret, ramier qu’on étouffe,
Par instant mêle ses sanglots.


— « Oh ! chère âme ! » murmure à voix basse Jacques Fabry, et enveloppant d’un regard la calme bien-aimée, il sent courir dans tout son être et jusque dans les racines de ses cheveux les jouissances dont le pénètre et l’extasie la seule vraie — Musique !


XXX. — AVARICE

Plus belle que les Déesses et que les créatures idéales évoquées par les génies, la magnifique Estelle Violas paraît à pied sur le boulevard, tenant à la main son ombrelle écarlate, et aussitôt Paris, qui semblait terne, bête et ennuyé, devient splendide ! Comme si, déchirant