Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/95

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XLVIII. — RECUEILLEMENT

Dans le beau salon Louis XIV de la petite Savine Miron, le riche financier Linail, exaspéré par la longue attente, a déchiré ses gants en petits morceaux, et dans le salon rococo le prince de Macédoine mange ses longues et fines moustaches blondes. Savine les oublie tous les deux avec une impartiale justice, et cependant elle ne fait rien du tout. Elle est dans son boudoir tendu en soie de Chine rose brodée d’argent. Enveloppée d’une chemise transparente et sa chevelure dénouée, elle est assise en long sur une causeuse, ses pieds nus posés sur le rebord du meuble, et regardant une belle rose coupée, placée dans un vase en face d’elle sur une console de nacre, elle ne pense absolument à rien, regardée elle-même par la pâle rose au cœur rougissant.