Page:Banville - Petit Traité de poésie française, 1881.djvu/18

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


on ne puisse, avec un effort surhumain, rien ajouter ou rien retrancher ; elle est donc toujours à faire, et par conséquent n’est jamais la chose faite, le Ποίημα. — Au contraire, à propos des vers, Boileau a donné, entre autres, un précepte absurde, lorsqu’il a dit :


Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.


Car si un chant a jailli tout d’abord de l’esprit du poëte en réunissant toutes les conditions de la poésie, il est tout à fait inutile que le poëte le remette sur le métier, — par parenthèse, quel est ce métier ? — et refasse sur le même sujet vingt autres chants, qui ne vaudront pas le premier. Quand l’homme a fait un poëme digne de ce nom, il a créé une chose immortelle, immuable, supérieure à lui-même, car elle est tout entière divine, et qu’il n’a ni le devoir, ni même le droit, de remettre sur aucun métier.

Les proportions de cette Etude ne me permettent pas de m’occuper de la construction des vers dans les langues autres que le français. Mais je puis et dois indiquer ici les caractères qui sont communs à la poésie de tous les pays et de tous les temps. En son Abrégé de l’Art poétique françois, à Alphonse Delbène, abbé de Haute-Combe en Savoie, Ronsard dit éloquemment : « Tu auras