Page:Banville - Petit Traité de poésie française, 1881.djvu/20

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naient en leurs plus exquises délicatesses les idées d’Abd-el-Kader, tandis que très peu de Français comprennent les idées de Victor Hugo.

La Poésie doit toujours être noble, c’est-à-dire intense, exquise et achevée dans la forme, puisqu’elle s’adresse à ce qu’il y a de plus noble en nous, à l’Âme, qui peut directement être en contact avec Dieu. Elle est à la fois Musique, Statuaire, Peinture, Éloquence ; elle doit charmer l’oreille, enchanter l’esprit, représenter les sons, imiter les couleurs, rendre les objets visibles, et exciter en nous les mouvements qu’il lui plaît d’y produire ; aussi est-elle le seul art complet, nécessaire, et qui contienne tous les autres, comme elle préexiste à tous les autres. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps d’existence que les peuples inventent les autres arts plastiques ; mais, dès qu’un groupe d’hommes est réuni, la Poésie lui est révélée d’une manière extra-humaine et surnaturelle, sans quoi il ne pourrait vivre.

L’art des vers, dans tous les pays et dans tous les temps, repose sur une seule règle : La Variété dans l’Unité. — Celle-là contient toutes les autres. Il nous faut l’Unité, c’est-à-dire le retour des mêmes combinaisons, parce que, sans elle, le vers ne serait pas un Être, et ne saurait alors nous intéresser ; il nous faut la Variété, parce