Page:Banville - Petit Traité de poésie française, 1881.djvu/26

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vers de onze syllabes, avec un repos ou césure, entre
la cinquième et la sixième syllabe.


Les sylphes légers — s’en vont dans la nuit brune
Courir sur les flots — des ruisseaux querelleurs,
Et, jouant parmi — les blancs rayons de lune,
Voltigent riants — sur la cime des fleurs.

Les zéphyrs sont pleins — de leur voix étouffée,
Et parfois un pâtre — attiré par le cor,
Aperçoit au loin — Viviane la fée
Sur le vert coteau — peignant ses cheveux d’or.


vers de douze syllabes, avec un repos ou césure, entre
la sixième et la septième syllabe.


L’aurore apparaissait ; — quelle aurore ? Un abîme
D’éblouissement, vaste, — insondable, sublime ;
Une ardente lueur — de paix et de bonté.
C’était aux premiers temps — du globe ; et la clarté
Brillait sereine au front — du ciel inaccessible,
Étant tout ce que Dieu — peut avoir de visible ;
Tout s’illuminait, l’ombre — et le brouillard obscur ;
Des avalanches d’or — s’écroulaient dans l’azur ;
Le jour en flamme, au fond — de la terre ravie
Embrasait les lointains — splendides de la vie ;
Les horizons pleins d’ombre — et de rocs chevelus,
Et d’arbres effrayants — que l’homme ne voit plus.
Luisaient comme le songe — et comme le vertige.
Dans une profondeur — d’éclair et de prodige.

Victor Hugo. Le Sacre de la Femme. La Légende des Siècles.

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