Page:Banville - Socrate et sa Femme, 1886.djvu/12

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Mais non, tu n’es pas fier, tu professes debout,
Et tu vends ton savoir ce qu’il vaut : rien du tout !
Tu ne veux même pas que l’on t’appelle : Maître.
Socrate.
Que celui-là se nomme ainsi, qui le croit être.
Xantippe.
Le beau métier ! Retourne aux leçons d’où tu viens,
Pérore. Garde un bras en l’air, les citoyens.
Qu’on pousse vers le Pnyx avec la corde rouge.
Vas-y donc. J’aime à voir une roche qui bouge.
Va-t’en donc enseigner que, pétri de limon,
L’homme dans son esprit, cache un subtil démon
Qui du bien et du mal devine le principe.
Vas-y ! Pourquoi n’y vas-tu pas ?
Socrate, sortant. Avec une extrême douceur.
Vas-y ! Pourquoi n’y vas-tu pas ?J’y vais, Xantippe.



Scène II


Xantippe.
J’enrage. Le voilà parti, calme, et d’un pas
Toujours égal et sûr. Non, je ne connais pas
De misères qui soient plus tristes que les miennes !

S’adressant au public.

Comprenez-vous cela, femmes athéniennes ?
Un mari détaché de tout, que rien ne peut