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Telles sont les raisons sur lesquelles s’appuie Condorcet pour réclamer l’admission des femmes au droit de cité. Ce plaidoyer a passé à peu près inaperçu au milieu de la Révolution. Mais quiconque veut aujourd’hui sonder sérieusement — soit dans un sens, soit dans l’autre — la question qu’il soulève, n’en peut faire fi et puisque cette question est maintenant à l’ordre du jour il m’a paru bon d’apporter cette pièce au procès.

En 1791, Condorcet, après avoir quitté la municipalité de Paris, devint un des six commissaires de la trésorerie nationale. « Les mémoires qu’il publia à cette époque, dit Arago, occuperaient une grande place dans l’éloge d’un auteur moins fécond et moins célèbre » ; mais j’ajouterai comme lui « pressé par le temps et par les matières, je ne puis pas même en faire connaître les titres. »

Pendant que Condorcet s’occupait de ces divers travaux, les événements se précipitaient. La fuite du roi, voulant se réfugier à l’étranger à la suite de l’émigration, mais arrêté à Varennes et ramené de vive force à Paris, avait achevé d’ébranler la monarchie. Louis XVI avait beau jurer l’observation de la Constitution votée par l’Assemblée nationale, le charme était définitivement rompu, la confiance s’était évanouie sans retour, et le fantôme de royauté qui continua de subsister ne pouvait manquer de disparaître pour faire place à la république. Condorcet n’attendit pas l’avènement de la république pour se prononcer en faveur de ce gouvernement, désormais le seul possible, comme le seul logique, et qu’il eût même fallu proclamer tout de suite en prononçant la déchéance du monarque fugitif, plutôt que de ramener à Paris un roi humilié et qui ne pouvait plus être qu’un