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l’époque d’une des grandes révolutions de l’espèce humaine… L’état actuel des lumières nous garantit qu’elle sera heureuse. » Que l’on vienne maintenant railler certaines exagérations de cette théorie de la perfectibilité de l’espèce humaine qui, la regardant comme indéfinie, va jusqu’à l’appliquer, cette perfectibilité indéfinie, à la durée même de la vie de l’homme sur la terre — ces exagérations qui ne détruisent pas, d’ailleurs, les mérites solides du livre, ne doivent point faire oublier la sublimité de l’idée qui inspire l’auteur.

Condorcet avait terminé au commencement de mars 1794 la partie de cet ouvrage qu’il avait pu composer par un prodigieux effort d’esprit et de mémoire, sans se servir d’aucun livre. Sa pensée se reporta dès lors sur le danger auquel s’exposait Mme Vernet. Il résolut donc, suivant ses propres expressions, de quitter le réduit que le dévoûment sans bornes de son ange tutélaire avait transformé en paradis… Mais je ne puis mieux faire que de lire le récit d’Arago qui nous raconte d’une manière si exacte ; à la fois, et si dramatique, la fuite et la mort de Condorcet.

p. CXLVIII : Condorcet s’abusait si peu…
jusqu’à : dans une bague.

« Par cette mort, dit Michelet, après avoir résumé le précédent récit, Condorcet épargna à la République la honte du parricide, le crime de frapper le dernier des philosophes, sans qui elle n’eut pas existé. »

Mais si Condorcet prévenait par sa mort la hache de la Terreur, il n’en mourait pas moins sa victime. Ce fut, en effet, le malheur, en même temps que le crime des terroristes d’avoir frappé non seulement les ennemis,