Page:Benserade - Cléopâtre, 1636.djvu/38

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


L U C I L E.

545Rendez-vous donc à lui.

A N T O I N E.

Rendez-vous donc à lui. Je ſavais bien, Lucile,
Que tu ne m’offrirais qu’un remède inutile,
Et que j’attirerais ton jugement bien ſain
À l’approbation de mon noble deſſein :
Puiſque tout l’univers a conſpiré ma perte,
550Que le ciel à mon bien livre une guerre ouverte,
Que de tous les malheurs je ſuis le triſte but,
Et qu’Antoine n’eſt plus ce qu’autrefois il fut,
Que les dieux à ma perte animent ce qui m’aime,
Puiſque je ſuis trahi de Cléopâtre même,
555Et que mon déſespoir fait ſon contentement,
Lucile, il faut mourir, mais généreuſement,
Sur moi-même je veux gagner une victoire,
L’Égypte a vu ma honte, elle verra ma gloire,
Perdre ſi lâchement ſes titres abſolus,
560Et céder ſa grandeur c’eſt vivre, & n’être plus,
De tous ces puiſſants biens qui donnent de l’envie
Je n’en veux aujourd’hui rien perdre que la vie,
Je veux que le trépas avec plus d’horreur
D’un coup reſpectueux aſſaille un empereur.