Page:Berkeley - Les Principes de la connaissance humaine, trad. Renouvier.djvu/26

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pénétrer l’essence intime et la constitution des choses. De plus, l’esprit de l’homme est fini, et quand il traite de choses qui participent de l’infinité, il ne faut pas s’étonner qu’il soit jeté dans des difficultés et des contradictions dont il est impossible qu’il se tire jamais ; car il est de la nature de l’infini de n’être pas compris par ce qui est fini.

3. Mais peut-être montrons-nous trop de partialité pour nous-mêmes, quand nous mettons la faute originellement sur le compte de nos facultés, et non pas plutôt du mauvais emploi que nous en faisons. Il est dur de supposer que de droites déductions tirées de principes vrais puissent aboutir à des conséquences impossibles à soutenir ou à concilier entre elles. Nous devrions croire que Dieu n’a pas témoigné si peu de bonté aux fils des hommes, que de leur donner le puissant désir d’une connaissance qu’il aurait placée absolument hors de leur atteinte. Cela ne serait point conforme aux généreuses méthodes ordinaires de la Providence, qui, à côté de tous les appétits qu’elle peut avoir implantés dans les créatures, a coutume de mettre à leur portée les moyens dont la mise en œuvre bien entendue ne saurait manquer de les satisfaire. Par-dessus tout, j’incline à croire que la plus grande partie des difficultés, sinon toutes, auxquelles se sont amusés jusqu’ici les philosophes, et qui ont fermé le chemin de la connaissance, nous sont entièrement imputables ; — que nous avons commencé par soulever la poussière, et qu’ensuite nous nous sommes plaints de n’y pas voir.

4. Mon dessein est donc d’essayer si je pourrai découvrir quels sont les principes qui ont introduit cette incertitude et ces doutes, ces absurdités, ces contradictions qu’on rencontre chez les différentes sectes en philosophie ; si bien que les hommes les plus sages ont cru notre ignorance irrémédiable et en ont cherché la cause dans la lourdeur naturelle et les limites de nos facultés. Et certes, c’est une œuvre qui mérite bien qu’on y mette toute sa peine, que celle qui consiste à faire une exacte recherche des premiers principes de la connaissance humaine, à les examiner de tous les côtés et passer au crible ; surtout quand il y a quelque fondement à ce soupçon, que les difficultés et les obstacles qui arrêtent l’esprit dans la recherche de la vérité ne tiennent pas tant à l’obscurité ou à la nature compliquée des objets, ou au défaut