Page:Berkeley - Les Principes de la connaissance humaine, trad. Renouvier.djvu/27

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naturel de l’entendement, qu’à de faux principes auxquels on s’est attaché et dont on aurait pu se garder.

5. Quelque difficile que soit l’entreprise, et quelque peu encouragé que je m’y trouve si je songe combien d’hommes d’un grand et extraordinaire génie ont formé avant moi le même dessein, je ne laisse pas de concevoir quelque espérance. Je me dis, en effet, que les vues les plus longues ne sont pas toujours les plus nettes, et que celui qui a la vue courte, étant obligé de regarder l’objet de plus près, peut quelquefois discerner par une inspection plus étroite et plus serrée ce que des yeux beaucoup meilleurs que les siens n’ont pas aperçu.

6. Afin de préparer l’esprit du lecteur à mieux comprendre ce qui suit, il est à propos de placer ici quelques mots en guise d’introduction, touchant la nature et les abus du langage. Mais pour débrouiller ce sujet, je suis conduit en quelque mesure à anticiper sur mon plan, et à m’occuper de la cause à laquelle paraissent dus en grande partie les embarras et perplexités de la spéculation et les innombrables erreurs et difficultés qui se rencontrent dans toutes les branches de la connaissance. Cette cause, c’est l’opinion où l’on est que l’esprit possède un pouvoir de former des idées abstraites ou notions des choses. Quiconque n’est pas tout à fait étranger aux écrits des philosophes et à leurs disputes doit nécessairement avouer que la question des idées abstraites y tient une bonne place. On croit qu’elles sont d’une manière plus spéciale l’objet des sciences comprises sous les noms de Logique et Métaphysique, et de tout ce qui passe pour souverainement pur et sublime en fait de savoir. C’est à peine si dans tout cela on trouverait une question traitée de façon à ne pas supposer que ces sortes d’idées existent dans l’esprit et lui sont bien familières.

7. Il est accordé de tous les côtés que les qualités, ou modes des choses, n’existent jamais réellement chacune à part et par elle-même, séparée de toutes les autres, mais qu’elles sont mélangées, pour ainsi dire, et fondues ensemble, plusieurs en un même objet. Or, nous dit-on, l’esprit étant apte à considérer chaque qualité isolément en la détachant des autres auxquelles elle est unie, doit par ce moyen se former des