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rents auxquels l’entendement peut rapporter les sensations que nous en recevons ; de là une troisième classe de mots, tout-à-fait distincte de celles dont nous avons parlé ; c’est celle des adjectifs, qui désignent non plus l’objet même, mais la manière d’être de l’objet.


VERBES.

L’homme, après avoir désigné par des noms l’existence particulière des objets qui l’entouraient, s’éleva à l’idée générale d’existence ; il inventa le mot être, qui n’était que l’abstraction des différents objets existants, précédemment connus et nommés. Il dut se servir de ce mot pour affirmer que l’objet désigné ou la qualité attribuée à l’objet existait véritablement. C’est ainsi qu’après avoir dit d’abord soleil, à la vue du globe de feu qui éclairait ses yeux et fécondait la terre, il put dire : le soleil être, pour faire comprendre que le soleil n’était pas un rêve de son imagination, mais bien un objet réel de la nature, ou le soleil être brillant, pour faire entendre que l’attribut d’éclat appartenait réellement au soleil. Ce n’est pas tout. Ayant conscience de son existence dans différents moments successifs, il conçut l’idée du temps, qu’il divisa naturellement en trois parties, le passé, le présent et le futur ; il appliqua cette division au mot qui lui servait à exprimer l’existence en général, et au lieu de dire vaguement : le soleil être brillant, il dit : le soleil est brillant, ne se bornant plus à affirmer l’existence et l’éclat du soleil, mais montrant que le moment où il parlait était précisément celui où le soleil éclairait l’horizon. Pendant les ténèbres de la nuit, il dit : le soleil était brillant, pour énoncer que son éclat était passé ; ou : le soleil sera brillant, pour exprimer l’espérance d’un nouveau jour. Dès lors le verbe fut trouvé ; ce mot a été ainsi appelé du mot latin verbum, qui signifie mot ou parole, voulant donner à entendre que c’était le mot essentiel, le mot par excellence, parce qu’en effet c’est celui qui joue le principal rôle dans l’expression de la pensée ; c’est lui qui donne le mouvement et la vie au discours. Les autres mots ne sont que les signes isolés des êtres ou de leurs qualités sensibles ; ce sont des matériaux épars que le verbe vient lier entre eux, en quelque sorte, et qu’il coordonne pour une fin commune.

PRÉPOSITIONS.

Avec des substantifs, des adjectifs et des verbes, on pourrait faire des phrases complètes ; mais ces phrases ne présenteraient qu’un sens borné, si l’on n’avait imaginé de lier les substantifs entre eux par une autre espèce de mots qui sert à déterminer des circonstances accessoires. Ainsi il y a une grande différence entre cette proposition je me promène, et celles-ci : je me promène DANS un bois, SUR le quai, À midi, AVANT ou APRÈS le dîner. Ces mots dans, sur, à, avant, après, appartiennent à une classe de mots qui indiquent les relations que les choses ont entre elles, et auxquels les grammairiens ont donné le nom de prépositions.

CONJONCTIONS.

C’était encore peu de lier les mots ensemble pour marquer les rapports qui pouvaient exister entre eux ; il a fallu réunir les phrases elles-mêmes par d’autres mots ; tel est l’office des conjonctions.

Dans cette nomenclature, nous n’avons point parlé de l’article, parce que ce n’est point une partie essentielle du discours. Sans doute, c’est une découverte utile, puisque en spécifiant l’objet devant lequel il est placé, en l’isolant des autres objets semblables, on ajoute beaucoup à la netteté et à la précision du discours ; les langues qui sont pourvues d’articles, comme le grec, l’italien, le français, l’allemand et l’anglais, sont plus