Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 1.djvu/34

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Talleyrand l’ignorait de la manière la plus complète.

Sur ces entrefaites, il entendit parler du baron de Vitrolles. Le duc d’Alberg le dépeignait comme un homme intelligent et résolu. Il, fut question de l’employer auprès des alliés, non pour les disposer en faveur des Bourbons, mais pour sonder leurs sentiments. Ce rôle passif et servile fut le seul que, dans cette occasion, joua M. de Talleyrand. Il avait promis, il est vrai, d’accréditer M. de Vitrolles par quelques lignes écrites de sa main ; mais lorsqu’on les lui fit demander, il les refusa, craignant l’avenir.

Le duc d’Alberg avait connu intimement à Munich le comte de Stadion, représentant de l’Autriche au congrès. Or, à Munich, ces deux personnages avaient noué de tendres relations avec deux jeunes filles dont le duc d’Alberg se rappelait les noms. Ces noms, il les écrivit sur un carnet qui servit de lettres de créances à l’aventureux ambassadeur. Le baron de Vitrolles partit sans avoir vu M. de Talleyrand, sans avoir reçu de lui aucune mission, sans avoir même pu obtenir son aveu. Il se déguisa, prit à Auxerre le nom de Saint-Vincent, et se fit reconnaître du comte de Stadion, au moyen de deux noms, souvenirs d’école et d’amour. Voilà de quelle sorte il plaît à Dieu de disposer du sort des peuples !

L’empereur Alexandre étant à Troyes, M. de Vitrolles quitta Châtillon pour se rendre auprès du