Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 1.djvu/35

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Czar. Il trouva dans Alexandre un éloignement extrême pour les Bourbons. « Rétablir cette dynastie sur le trône, disait ce monarque, c’est ouvrir carrière à des vengeances terribles. » Ney et Labédoyère ne prouvèrent que trop la vérité de ce pressentiment. — « Et puis, ajoutait-il, quelles voix s’élèvent en France pour les Bourbons ? Quelques émigrés venant nous dire à l’oreille que leur pays est royaliste, représentent-ils l’opinion publique ? » M. de Vitrolles, qui parlait en son nom, et pas au nom de M. de Talleyrand, combattit avec beaucoup d’habileté les répugnances d’Alexandre. Dans une dernière entrevue qu’ils eurent ensemble, M. de Vitrolles s’écria : « Sire, vous n’auriez pas perdu tant de soldats dans ce pays, croyez-moi, si vous aviez fait de la question d’occupation une question française. — Mais c’est ce que j’ai dit cent fois, répondit Alexandre avec vivacité. » L’entretien dura trois heures, et quand il finit, Alexandre était gagné à la cause de Louis XVIII.

Ce fut le 31 mars, on le sait, que les alliés entrèrent à Paris. M. de Talleyrand avait fait préparer ses salons pour y recevoir le Czar. « Eh bien, dit Alexandre, en apercevant son hôte, il paraît que la France appelle les Bourbons. » Ces mots jetèrent M. de Talleyrand dans une profonde surprise. Mais habitué à composer son visage, il se contint, et se garda bien de contredire ce qu’il croyait, de la part de l’empereur, l’expression d’un désir person-