Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 1.djvu/40

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infortune l’avait étourdi, lui que son élévation fabuleuse n’avait pas même étonné. Il rédigea cet acte conditionnel d’abdication, qui est resté gravé dans toute mémoire ; et pour discuter les intérêts de son fils, pour négocier une moitié de déchéance, il désigna le maréchal Ney, Caulaincourt et le duc de Raguse. Puis, se ravisant tout à coup, « Marmont, dit-il, est mieux placé à Essonne, comme soldat, qu’à Paris comme négociateur. Il connaît les lieux : qu’il reste à l’avant-garde. » Et Macdonald fut nommé à la place de Marmont.

Le duc de Raguse, cependant, avait reçu de Paris un message funeste. Se promenant dans un jardin, à Essonne, avec le colonel Fabvier, il lui demanda ce qu’il pensait des tentatives commencées : « Je pense, répondit le colonel en montrant un arbre planté au milieu du jardin, qu’en temps ordinaire il faudrait pendre là le messager. » Mais ces sentiments n’étaient pas ceux qui animaient l’âme des chefs.

Les trois négociateurs, désignés par Napoléon, passèrent par Essonne en se rendant à Paris. Ils allèrent voir le duc de Raguse et lui apprirent l’objet de leur mission. Marmont fut ému jusqu’au fond du cœur ; la confiance que l’Empereur avait en lui l’accablait comme un remords. Il avoua qu’il avait ouvert l’oreille aux propositions de Schwartzemberg ; qu’il avait rassemblé ses généraux ; qu’il les avait consultés sur les ouvertures des, alliés, et que,