Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 4.djvu/12

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Le colonel Chousserie avait une âme généreuse : il sut tempérer par sa courtoisie ce que l’accomplissement de son devoir présentait de rigoureux. D’ailleurs, on ignorait encore jusqu’à quel point la mère du duc de Bordeaux s’était rendue coupable, et elle recevait dans sa prison les preuves les plus consolantes de fidélité. De Genève, M. de Chateaubriand lui écrivit :

_______« Madame,

Vous me trouverez bien téméraire de venir vous importuner dans un pareil moment pour vous supplier de m’accorder une grâce, dernière ambition de ma vie : je désirerais ardemment être choisi par vous au nombre de vos défenseurs. Je n’ai aucun titre personnel à la haute faveur que je sollicite auprès de vos grandeurs nouvelles ; mais j’ose la demander en mémoire d’un prince dont vous daignâtes me nommer l’historien je l’espère encore comme le prix du sang de ma famille. Mon frère eut la gloire de mourir avec son illustre aïeul, M. de Malesherbes, défenseur de Louis XVI, le même jour, à la même heure, pour la même cause et sur le même échafaud.

Chateaubriand. » ______

Avant de quitter Nantes, et peu de temps après son arrestation, la duchesse de Berri avait déjà reçu d’autres témoignages de dévoûment, plus obscurs sans doute, mais non moins émouvants. Les demoiselles Duguigny ayant demandé la grâce de passer une journée auprès de celle qui avait eu un asile dans leur maison, Charlotte Moreau joignit à leur lettre les lignes suivantes : « Si madame n’en trouve pas indigne une pauvre femme de chambre qui l’a servie de tout son cœur, je sollicite la même grâce que mes maîtresses. »

Mais le moment approchait où tout allait manquer à la duchesse de Berri, même la fidélité de