Page:Botrel - Contes du lit-clos, 1912.djvu/43

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


HISTOIRE D’UN MOUSSE




II


LE SERMENT




Vous rappelez-vous le petit Tanguy ?
L’enfant qui, l’hiver, frappait à nos portes
Pour nous apporter des bouquets de gui
Coupés en chemin sur les branches mortes ?

Vous souvenez-vous du petit pâtour
Qui, lorsque l’été fleurissait la plaine,
Pour nous les offrir cueillait tour à tour
Le beau genêt d’or ou la marjolaine ?

Le long des vieux champs couverts de varec,
Dans le vent marin qui salait ses lèvres,
C’est lui qui paissait jusqu’en Pellinec
Quelques moutons noirs et de maigres chèvres…

Vous n’entendrez plus sa plaintive voix
Chanter ses doux chants le long de la Côte,
Nous sommes sans fleurs depuis plusieurs mois :
Le pâtour est mort à la Pentecôte !

On a ramassé son corps pantelant
Au pied d’un rocher battu par les vagues !
Pendant quinze jours les gens du Port-Blanc
Ont imaginé des récits très vagues…