Page:Bouglé - Essais sur le régime des castes.djvu/26

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la haine, la jalousie, la défiance entre voisins. »

La plupart de ces définitions n’ont qu’un défaut, qui est leur étroitesse. Elles mettent en lumière l’un ou l’autre des aspects du régime à définir ; mais aucun d’eux ne doit être laissé dans l’ombre. C’est en tenant sous les yeux les trois éléments constitutifs de la caste qu’il nous faut rechercher à quelles civilisations elle s’est imposée, et avec quelles formes sociales elle est apparentée.


II. – Réalité du régime des castes


Si, pour retrouver le régime des castes parmi les réalités historiques, on se laisse guider par cette définition intégrale, on s’apercevra sans doute, au premier coup d’œil, qu’autant il est aisé de reconnaître, ici ou là, des éléments et comme des membres épars de ce régime, autant il est difficile de le rencon­trer complet, parfait, pourvu de tous ses organes. S’il est peu de civilisations où l’une ou l’autre de ses tendances caractéristiques ne se glisse, il en est peu aussi où toutes trois réunies s’épanouissent librement.

Il est clair, par exemple, que l’on peut aisément relever, jusque dans notre civilisation occidentale contemporaine, certaines traces de l’esprit de caste. Là aussi se rencontrent l’horreur des mésalliances et la crainte des contacts impurs. La statistique des mariages montre que s’il y a des professions dont les membres s’allient volontiers, il en est beaucoup entre lesquelles les alliances sont très rares[1]. Nombre de coutumes prouvent que les différents « mondes » n’aiment pas à se mêler ; c’est ainsi que certains quartiers, certains cafés, cer­taines écoles sont fréquentés exclusivement par certaines catégories de la population[2]. Que ces

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