Page:Boussenard - La Terreur en Macédoine, Tallandier, 1912.djvu/131

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vil prix le bétail ; on cache mystérieusement, pendant la nuit, les provisions : blé, vin, huile, orge, maïs, tabac, étoffes ; et jusqu’aux objets les plus disparates : cuir, coton, instruments aratoires, planches, madriers, etc…

Entre temps, c’est un va-et-vient continu d’hommes qui circulent à toute heure, de préférence la nuit, et repartent sans qu’on sache d’où ils arrivent et qui ils sont.

Certainement il y a quelque chose et un travail mystérieux s’opère sans relâche parmi ces populations très douces, mais indolentes jusqu’à l’apathie. Imperturbable et sereine, l’autorité turque ne voit rien, ne soupçonne rien, heureuse de cette tranquillité qui présage un automne laborieux, fertile en produits, abondant en impôts.

Par une de ces belles matinées, un peu fraîches déjà, mais superbes sous le grand soleil qui répand des flots de clarté sur les monts et les plaines, un petit groupe de cavaliers arrive devant Prichtina.

Trois hommes seulement. Tous trois vêtus du superbe costume albanais. Chose étrange, ils ne portent pas d’armes, du moins d’armes apparentes. Le premier arbore fièrement, le taugh, l’étendard formé d’une queue de cheval, surmonté du croissant d’or. Derrière, à dix pas, sur un splendide cheval qui pointe et caracole, un géant tout en muscles, à la face hautaine, aux épaules carrées, au poitrail bombé, regarde et toise de haut les factionnaires turcs. Près de lui, s’avance par petits bonds rapides, aisés de félin, un magnifique léopard. Enfin, derrière l’homme et le fauve, le troisième cavalier ; sans doute un serviteur de confiance.