Page:Boussenard - La Terreur en Macédoine, Tallandier, 1912.djvu/132

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


Un premier factionnaire présente vivement les armes. Le géant porte négligemment un doigt à son tarbouch, pour répondre à ce salut, et continue sa route.

Il se retourne et aperçoit un long convoi de paysans minables, poussiéreux, l’air fatigué, qui conduisent de petits ânes chargés de grands paniers solidement ficelés.

Il sourit sous ses grandes moustaches fauves et. se dirige vers le palais du gouverneur. Un dernier factionnaire le salue, mais aussitôt lui crie :

« Halte-là ! seigneur bey… on ne passe pas. »

Il hausse les épaules et veut avancer. Le soldat croise la baïonnette et crie :

« Aux armes ! »

Le poste, une vingtaine d’hommes, accourt en tumulte. Un officier, sabre au clair, veut mettre la main gauche à la bride du cheval. Avec une aisance parfaite, le cavalier déchausse son étrier et envoie à la figure du lieutenant un magistral coup de pied qui l’étale sur le sol.

Puis il s’écrie, d’une voix qui vibre à travers la grande place :

« À bas les pattes !

«… Ordre supérieur !… Va dire au pacha gouverneur que le bey de Kossovo, Marko, veut lui parler sur l’heure. »

Furieux, humilié, crachant rouge, l’officier se relève en grondant. Marko tire de la poche intérieure de sa petite veste rouge un large papier le lui tend et ajoute :

« Voici l’ordre… porte-le et reviens vite… je n’aime pas attendre. »