Page:Boussenard - La Terreur en Macédoine, Tallandier, 1912.djvu/133

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L’officier remet son sabre au fourreau, prend le papier, lance un regard mauvais au terrible Albanais et pénètre dans le konak où demeure le grand maître du vilayet.

Cinq minutes après, il revient encourant, et dit, de ce ton bourru d’un dogue muselé :

« Son Excellence Omer-Pacha attend le bey de Kossovo. »

D’un bond Marko saute à terre, remet la bride à son serviteur et va pénétrer dans le palais. Naturellement le léopard veut l’accompagner. L’Albanais passe la main sur la nuque du terrible félin et dit, d’un ton très doux :

« Attends-moi, Hadj… reste près d’Ali. »

Le léopard hume l’air, avec inquiétude, ronronne, lèche la main tendue et s’assied gravement, comme un chat colossal.

Marko, conduit par l’officier, traverse un vestibule, enfile un escalier, puis arrive au premier étage, dans une vaste pièce meublée de divans. Sur les murs, des trophées d’armes. Au milieu de la pièce, un grand bureau d’ébène, encombré de paperasses, maintenues, en guise de presse-papiers, par deux revolvers de fort calibre. Accroupi sur un divan, un homme d’une quarantaine d’années déchiffre des dépêches. Solide, trapu, carré d’épaules, la barbe noire, on devine à première vue l’homme énergique, résolu.

Il regarde froidement l’Albanais qui s’avance en faisant sonner ses éperons, et lui dit :

« C’est toi Marko-Bey ? »

Et Marko répond en le dévisageant :

« C’est toi Omer-Pacha ?

— Qu’Allah soit avec toi !