Page:Boutroux - La Monadologie.djvu/184

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sont bornées. Elles vont toutes confusément à l’infini, au tout ; mais elles sont limitées et distinguées par les degrés des perceptions distinctes[1].

61. Et les composés symbolisent en cela avec les simples[2]. Car, comme tout est plein, ce qui rend toute la matière liée, et comme dans le plein tout mou-


  1. La doctrine exposée ici par Leibniz est très remarquable : 1° Étant donnée la perception, cette perception n’est pas limitée, comme le pensait Descartes, à une partie des choses, mais elle s’étend à toutes, sans exception, sauf à n’en représenter qu’un certain nombre d’une manière distincte. 2° Étant donné un être réel doué de perception (et nous expérimentons en nous-mêmes qu’un tel être est effectivement donné), cet être ne saurait par là se distinguer radicalement des autres êtres ; au contraire tous les êtres de la nature doivent être également doués de perception. La loi de l’harmonie et de l’analogie universelle exige qu’il en soit ainsi.
  2. Symboliser, pris comme verbe neutre, est une ancienne expression, signifiant : avoir du rapport, de la conformité avec. Ce terme était employé notamment par les alchimistes. « Les éléments, dit le chirurgien Ambroise Paré à propos de leur doctrine, symbolisent tellement les uns avec les autres, qu’ils se transmuent l’un en l’autre. Leibnitz, après avoir érigé les simples en substances et fait descendre les composés au rang de simples phénomènes, se demande si entre les uns et les autres il n’existe d’autre rapport que celui de principe à conséquence, et si l’on ne pourrait pas concevoir le composé comme comportant avec le simple un rapport de ressemblance. Le composé, en ce cas, aurait, en lui-même, une certaine valeur, et serait comme l’extérieur du temple, symbole des mystères qui s’accomplissent au dedans. Or, selon Leibnitz, le composé, mon seulement en tant qu’on le résout en ses éléments simples et spirituels, mais même en tant qu’on le considère précisément comme composé, c’est-à-dire comme étendu et corporel, n’est pas dépourvu de toute conformité avec le simple. Il imite le simple à sa manière, il admet des lois qui le relèvent et lui donnent de la dignité, en faisant de lui une expression de l’esprit qui est sa substance. Par la loi des causes efficientes, par l’action et la réaction mécaniques universelles, par la communication externe des parties, faible image de l’harmonie des âmes, le composé devient, non sans doute la représentation adéquate, mais l’analogue de la substance simple. La matière est ainsi un phénomène bien fondé, non seulement en ce sens qu’elle repose sur l’esprit, mais encore en ce sens que ses propriétés mêmes sont des imitations de la nature spirituelle. (Voy. sup., p. 51, 58).