Page:Buckland - La Géologie et la Minéralogie dans leurs rapports avec la théologie naturelle, 1838, tome 1.djvu/411

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RÉCIFS DE CORAIL.

tations si petites, mais en même temps si durables. Il n’y a presque pas, dans toutes ces latitudes, de roche sous-marine ni de cône ou de chaîne volcanique sous-marine qui ne constituent le noyau et les fondemens de quelque colonie de polypes appartenant surtout aux genres madrépore, astrée, caryophyllie, méandrine et millepore. Les sécrétions calcaires de ces petits animaux sont accumulées en d’énormes bancs ou récifs de corail, qui ont quelquefois jusqu’à plusieurs centaines de milles d’étendue ; souvent ils s’élèvent rapidement jusqu’à la surface, en des points où jusque là on n’en avait jamais soupçonné l’existence, et ils rendent ainsi dangereuse la navigation de plusieurs parties des mers tropicales[1].

Si nous recherchons quelles sont dans l’économie actuelle de la nature les fonctions assignées aux polypes, nous voyons bientôt que c’est à eux, la classe la plus inférieure du règne animal, qu’a été départi l’office de nettoyer les eaux de la mer, et de les purger de toutes les impuretés les plus déliées qui auraient échappé même aux plus petits des crustacés. C’est ainsi que certaines tribus d’insectes, à leurs degrés divers d’accroissement, ont pour mission de trouver leur nourriture dans les impuretés qui résultent sur la surface terrestre de la décomposition des matières animales et végétales[2]. Ce système

  1. On trouve, dans les Voyages de Peron, de Flinders, de Kotzebue et de Beechy, des observations intéressantes sur l’étendue et le mode de formation de ces récifs de corail ; et le docteur Kidd, dans son Geological Essay, ainsi que M. Lyell, dans ses Principles of Geology (3e édit., t. 3). ont fait une application admirable de ces particularités de l’histoire des polypiers modernes a l’illustration des phénomènes géologiques.
  2. M. de La Bêche fait observer que les polypes de la caryophyllie de Smith (pl. 54, fig. 9, 10 et 11) dévorent des débris de poissons et de petits crustacés ; et il en a nourri ainsi quelques individus à Torquay. Les polypes saisissaient ces alimens avec leurs tentacules, et la digestion s’opérait dans le sac central qui constitue leur estomac.