Page:Burnouf - Introduction à l’histoire du bouddhisme indien.djvu/31

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On sent que dans cette énumération, toute longue qu’elle est, je n’ai pas tout mentionné. Je ne me suis arrêté qu’aux morceaux les plus importants ; mais j’ai tenu à ce que le monde savant apprît tout à la fois et ce que laisse M. Eugène Burnouf, et les labeurs consciencieux par lesquels il préparait tous ses ouvrages avant qu’il ne les soumît au jugement du public.

Pour terminer ce qui concerne les services rendus par lui aux études sur l’Orient, il faut rappeler que, nommé inspecteur de la typographie orientale en 1838, à la place de M. Sylvestre de Sacy, il a surveillé la gravure et la fonte de plusieurs corps de caractères nouveaux, le pehlvi, le maghada, le tibétain, le bougui, le javanais, le télinga, le cunéiforme ninivite, le phénicien, etc. Déjà, de 1832 à 1833, il avait dirigé la gravure du zend, du tamoul, du pâli, du birman et du guzarati. En 1847, il a fait une notice fort intéressante sur les types étrangers du spécimen de l’Imprimerie nationale. Cette notice, qui ne porte pas son nom, est placée en tête de ce spécimen.

Ici, je dois dire que, malgré tout ce que M. Eugène Burnouf a fait pour les études indiennes en particulier, il aurait fait bien davantage encore, si, en 1838, il eût été nommé, comme s’y attendait le public savant, aux fonctions de conservateur des manuscrits orientaux à notre grande Bibliothèque. Présenté en première ligne par l’assemblée des conservateurs, il semblait que rien ne dût s’opposer à un vœu si bien justifié ; mais la place créée depuis la Convention, et qui est indispensable, fut supprimée, peut-être par suite de considérations toutes personnelles, et vraiment déplorables. J’ai entendu souvent M. Eugène Burnouf exprimer à ce sujet des regrets aussi justes que désintéressés. Il ne pensait pas à lui quand il blâmait la suppression de cette place ; il ne pensait qu’aux études qui lui étaient chères, et qui prennent chaque jour tant d’importance et de développement. Avant lui, Abel Rémusat avait pu accroître et compléter le fonds des manuscrits chinois ; M. Sylvestre de Sacy en avait fait autant pour le fonds sémitique. Les études sanscrites, bien plus fécondes et toutes récentes, réclamaient, à plus forte raison, des soins et une protection pareille. Il ne fut pas permis à M. Eugène Burnouf de la leur donner, au grand détriment de la science et de l’intérêt public. Si je rappelle cette circonstance douloureuse de sa carrière, ce n’est pas, on le pense bien, pour élever de vaines récriminations, ce n’est pas même pour essayer de prévenir de telles injustices ; c’est pour qu’on rétablisse le plus tôt qu’on pourra cette place qui manque à notre grande Bibliothèque et qui y cause la plus fâcheuse lacune. Tout ce que je souhaite, c’est que le ministre qui aura le bon esprit de la rétablir rencontre pour la remplir un candidat aussi digne.

Il va presque sans dire que ces admirables travaux avaient ouvert à M. Eugène Burnouf les portes de presque toutes les académies et sociétés savantes de l’Europe ; je ne citerai que les principales : il était correspondant de l’Académie royale des sciences de Turin, docteur de l’Académie Christine-Albertine de Danemark, membre de l’Académie royale des sciences de Bavière, de l’Académie royale de Prusse, des