Page:Cahiers du Cercle Proudhon, cahier 5-6, 1912.djvu/25

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moi, c’est derrière les armées victorieuses que se fait le rayonnement des cultures, et votre internationalisme n’est que duperie pure. Les sujets de Bebel, ce kaiser socialiste allemand, marcheront derrière Guillaume II et vous écraseront ; et vous, candides victimes, n’aurez pour vous consoler que les éloges du juif Naquet, glorifiant dans la France le « Christ des nations ». Le désarmement universel ? Mais si l’initiative pouvait jamais en être prise, elle ne pourrait l’être que par une France victorieuse, imposant au monde sa paix, comme Rome naguère, et délivrant l’Europe de l’odieux militarisme prussien. Au demeurant, ne dites donc pas tant de mal de la guerre. Relisez plutôt la Guerre et la Paix de notre grand Proudhon, et vous comprendrez la grandeur historique et la portée civilisatrice du fait guerrier. À vous entendre bêler : paix, paix, paix, on pourrait finalement vous prendre pour de simples bourgeois, de simples Frédéric Passy. Il n’y a jamais eu de grand mouvement historique qui ne se soit accompagné de grandes guerres, et la Révolution française, qui devait clore l’ère des guerres, a déchaîné sur le monde la plus prodigieuse épopée guerrière que l’histoire ait connue. Croyez-vous donc que la Révolution syndicaliste puisse s’accomplir sans provoquer également une formidable éruption guerrière ? La bourgeoisie a eu contre elle toute l’Europe féodale ; vous auriez contre vous toute l’Europe bourgeoise. Mais, j’en ai peur, ce pacifisme à outrance ne traduit chez vous, comme chez vos maîtres qu’un affaiblissement inquiétant de la vitalité. La France, hélas ! semble avoir déjà donné, sinon en fait, du moins en esprit, sa démission de grande puissance initiatrice et révolutionnaire ; bourgeois et ouvriers n’aspirent plus qu’à vivre dans leur coin, paisiblement, sauf à se