Page:Cahiers du Cercle Proudhon, cahier 5-6, 1912.djvu/24

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et quand vous vous efforcez de rappeler au jeune ouvrier qui entre à la caserne que, pour endosser l’uniforme, il ne doit pas devenir le docile serviteur de l’arbitraire bourgeois et gouvernemental, c’est votre droit et c’est votre devoir. Les catholiques, eux aussi, pourraient à l’occasion se rappeler que l’armée n’a pas pour office national de prendre les églises d’assaut. Mais pousser l’antimilitarisme jusqu’à vouloir, la guerre éclatant, saboter la mobilisation, — halte-là ! Ce n’est plus de jeu, et j’aimerais autant vous entendre crier tout de suite : À bas la France !

Vous vous dites internationalistes. Mais tout l’internationalisme du monde ne fera pas qu’il n’y ait des peuples et des races différents et situés à des niveaux plus ou moins élevés de culture et de civilisation, et, pour ne pas être patriotes français, allez-vous donner dans le patriotisme marocain ou turc ? Comme le dit Sorel, le tort des idées de Tolstoï, c’est que, sans entamer la force du despotisme russe, elles ne peuvent que diminuer la puissance défensive des pays ayant une culture scientifique. Il faut se placer au point de vue de ce que j’appellerai la dialectique historique révolutionnaire. Êtes-vous bien sûrs, de ce point de vue, que dans l’Europe actuelle la disparition de la France comme grande puissance — et c’est ce qui est en question — serve vraiment les intérêts de la Révolution ? Vous faites dans l’Internationale cavalier seul ; vos idées y sont l’objet d’une sorte d’ostracisme ; or, si vous êtes convaincus de leur excellence, comment, la France perdue, pourra se produire leur rayonnement ? La Social-démocratie allemande a, depuis 1870. étouffé le socialisme international sous son hégémonie ; Marx (et quel Marx : un Marx lasallisé, prussianisé, engelsifié) l’a emporté sur Proudhon. Allez, croyez--