Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t1.djvu/89

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de là quelques contradictions sur différens objets de politique et de philosophie. C’est qu’il laisse indécises les questions épineuses , et prononce rarement sur ces problèmes dont la solution n’est point dans le cœur et dans un fond de raison universelle. Sur tous les objets de ce genre qui sont absolument hors de lui , il s’en rapporte volontiers à Plutarque et à Platon , et n’entre point dans les disputes des philosophes ; mais , toutes les fois qu’il a véritablement une miuiière de sentir personnelle , il ne consulte que son cœur, et ne s’en laisse imposer ni par de grands mots ni par de grands noms. Sénèque , en nous conservant le mot de Mécénas qui veut vivre absolument, dût-il vivre goutteux, impotent, perclus, a beau invectiver contre cet opprobre ; La Fontaine ne prend point le change , il admire ce trait avec une bonne foi plaisante ; il le juge digne de la postérité. Selon lui , Mécénas fut un galant homme , et je reconnais celui qui déclare plus d’une fois vouloir vivre un siècle tout au moins. Cette même incertitude de principes , il fauï en convenir , passa même quelquefois dans sa conduite: toujours droit, toujours bon sans effort, il n’a point à lutter contre lui-même ; mais a-t-il un mouvement blâmable , il succombe et cède sans combat. C’est ce qu’on put remarquer dans sa querelle avec Furetière et avec Lulli , par lequel il s’était vu trompé et , comme il dit , enquinaudé ; car on ne peut dissimuler que l’auteur