Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/174

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des anoblissemciis : maladie jDolitique, vanité nationale, qui devait à la longue miner la nv)nar- chie, et qui l’a minée en effet.

Les ennemis de la révolution ne cessent de vanter l’éclat extérieur que jeta la France sous ce miiiistère, et que répandirentsur elle les victoires du grand Condé sous cului de Mazarin. Ils en concluent qu’alors tout était bien ; et nous con- cluons seulement que, même chez une nation malheureuse et avilie, un gouvernement ferme, tel que celui de Richelieu, pouvait faire respecter la France par l’Espagne et l’Allemagne, encore plus malheureuses, et surtout plus mal gouver- nées. Nous concluons des victoires de Condé, qu’il était un guerrier plus habile ou plus heureux que les généraux qu’on lui opposa. JMais ce qui est, pour ces mêmes ennemis de la révolution, le sujet d’un triomphe éternel, c’est la gloire de Louis xi\, autour duquel un concours de circonstances heu- reuses fit naître et appela une foule de grands hommes. On a tout dit sur ce règne brillant et désastreux, où l’on vit un peuple entier, tour-à- tour victorieux et vaincu, mais toujours misé- rable, déifier un monarque qui sacrifiait sans cesse sa nation à sa cour et sa cour à lui-même. La banqueroute qui suivit ce règne théâtral n’é- claira point, ne désenchanta point les Français, qui, pendant cinquante années, ayant porté tout leur génie vers les arts d’agrément, restèrent épris de l’éclat, de la pompe extérieure, du luxe