Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/39

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28 OEUVRES

tourné. Cette femme, désespérée, résolut de faire une tentative, et d’aller à Versailles. Le lendemain, elle part; l’incommodité de la voiture publique l’engage à decendre à Sèvres, et à faire le reste de la route à pied. Un homme lui offre de la mener par un chemin plus agréable et qui abrège ; elle accepte, et lui conte son histoire. Cet homme lui dit : « Vous aurez demain ce que vous deman- dez. » Elle le regarde, et reste confondue. Elle va chez le garde des sceaux, est refusée encore, veut partir. L’homme l’engage à coucher à Versailles ; et, le lendemain matin, lui apporte le papier qu’elle demandait. C’était un commis d’un com- mis, nommé M. Etienne.

— Le duc de la Vallière, voyant à l’Opéra la petite Lacour sans diamans, s’approche d’elle, et lui demande comment cela se fait. « C’est, lui dit- elle, que les diamans sont la croix de Saint-Louis de notre état». Sur ce mot, il devint amoureux fou d’elle. Il a vécu avec elle long-temps. Elle le subjuguait par les mêmes moyens qui réussirent à madame Dubarry près de Louis xv. Elle lui ôtait son cordon bleu, le mettait à terre, et lui disait : « Mets-toi à genoux là - dessus, vieille ducaille. »

— Un joueur fameux, nommé Sablière, venait d’être arrêté. Il était au désespoir, et disait à Beau- marchais, qui voulait l’empêcher de se tuer : « Moi, arrêté pour deux cents louis ! abandonné par tous mes amis ! C’est moi qui les ai formés, qui leur