Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/47

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36 ŒUVRES

alors très-vieux et très-goutteux, lui dit qu’il avait été amoureux d’elle à la folie. Madame de La Val- lière lui répondit : « Hélas ! mou Dieu, que ne parliez-vous ? vous m’auriez eue comme les autres. »

— L’abbé Fraguier perdit un procès qui avait duré vingt ans. On lui faiï>ait remaïquer toutes les peines que lui avait causées un procès qu’il avait fini par perdre. « Oh ! dit-il, je l’ai gagné tous les soirs pendant vingt ans. » Ce mot est très-philo- sophique, et peut s’appliquer à tout. Il explique comment on aime la coquette : elle vous fait ga- gner votre procès pendant six mois, pour un jour où elle vous le fait perdre.

— Piladame Dubarri, étant à Luciennes, eut la fantaisie de voir le Yal, maison de M. de Beau- veau. Elle fit demander à celui-ci si cela ne dé- plairait pas à madame de Bcauveau. ]\Ladame de Beauveau crut plaisant de s’y trouver et d’en faire les honneurs. On parla de ce qui s’était passé sous Louis XV. Madame Did>arri se plaignit de dif- férentes choses qui semblaient faire voir qu’on haïssait sa personne. « Point du tout, dit madame deBeauveau, nous n’en voulions cju’à votre place. » Après cet aveu naïf, on demanda à madame Du- barri si Louis XV ne disait pas beaucoup de mal d’elle ( m.adame de Beauveau ) et de madame de Grammont. — «Oh ! beaucoup. — Eh bien! quel mal, de moi, par exemple? — De vous, madame? que vous étiez hautaine, intrigante ; que vous