Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/245

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée



mais, s’il est moins féroce, il est plus
soupçonneux,
plus despote, plus fier, non moins terrible qu’eux.
J’ignore si, d’ailleurs, au comble de la gloire,
couronné quarante ans des mains de la victoire,
sans regret par son fils un père est égalé ;
mais le fils est perdu, si le père a tremblé.


OSMAN.


Ne m’écrivez-vous point qu’une lettre surprise,
par une main vénale entre vos mains remise,
du prince et de Thamas trahissant les secrets,
doit prouver qu’à la Perse il vend nos intérêts ?
Cette lettre, sans doute, au sultan parvenue…


ROXELANE.


Cette lettre, visir, est encore inconnue ;
mais apprenez quel prix le sultan, par ma voix,
annonce en ce moment au vainqueur des hongrois.
De ma fille, à vos vœux par mon choix destinée,
il daigne à ma prière approuver l’hyménée ;
et ce nœud sans retour unit nos intérêts.
J’ai pu, jusqu’aujourd’hui, sans nuire à nos
projets,
dans le fond de mon cœur ne point laisser
surprendre
tous les secrets qu’ici j’abandonne à mon gendre.
écoutez. Du moment qu’un hymen glorieux
du sultan pour jamais m’eut asservi les vœux,
je redoutai le prince ; idole de son père,
il pouvait devenir le vengeur de sa mère ;
il pouvait… cher Osman, j’en frémissais
d’horreur…
au faîte du pouvoir, au sein de la grandeur,
du sérail, de l’état souveraine paisible,
je voyais, dans le fond de ce palais terrible,