Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/279

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée



j’ose entreprendre ici de la justifier,
vous invitant vous-même à vous en défier.
Je ne vous cache point (qu’est-il besoin de feindre ? )
que prompte en ce péril à tout voir, à tout
craindre,
j’ai d’un visir fidèle emprunté les avis,
et moi-même éclairé les pas de votre fils.
Tout fondait mes soupçons ; un père les partage.
Eh ! Qui donc, en effet, pourrait voir sans ombrage
un jeune ambitieux qui, d’orgueil enivré,
des cœurs qu’il a séduits, disposant à son gré,
à vous intimider semble mettre sa gloire,
et croit tenir ce droit des mains de la victoire ?
Qui, mandé par son maître, a, jusques à ce jour,
fait douter de sa foi, douter de son retour,
et du grand Soliman a réduit la puissance
à craindre, je l’ai vu, sa désobéissance ?
Qui, j’ose l’attester, et mes garans sont prêts,
achète ici les yeux ouverts sur vos secrets,
parle, agit en sultan ; et, si l’on veut l’entendre,
et la guerre et la paix de lui seul vont dépendre.
Oui, seigneur, oui, vous dis-je, et peut-être
aujourd’hui
vous en aurez la preuve et la tiendrez de lui.


SOLIMAN.


Ciel !


ROXELANE.


D’un fils, d’un sujet est-ce donc la conduite ?
Et depuis quand, seigneur, n’en craint-on plus la
suite ?
Est-ce dans ce séjour ? … vainement sous vos lois,
la clémence en ces lieux fit entendre sa voix ;
une autre voix peut-être y parle plus haut qu’elle,
la voix de ces sultans qu’une main criminelle,