Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/292

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ROXELANE.


Eh bien, je veux le croire, il t’aime ;
ainsi que toi, mon fils, il se trompe lui-même.
Vous ignorez tous deux, dans votre aveugle erreur,
et le cœur des humains et votre propre cœur.
Mais le temps, d’autres vœux, l’orgueil de la
puissance,
du monarque au sujet cet intervalle immense,
tout va briser bientôt un nœud mal affermi,
et sur le trône un jour tu verras…


ZÉANGIR.


Un ami.


ROXELANE.


L’ami d’un maître ! ô ciel ! Ah ! Quitte un vain
prestige.


ZÉANGIR.


Jamais.


ROXELANE.


Les ottomans ont-ils vu ce prodige ?


ZÉANGIR.


Ils le verront.


ROXELANE.


Mon fils, songes-tu dans quels lieux ? …
encor si tu vivais dans ces climats heureux,
qui, grâce à d’autres mœurs, à des lois moins sévères,
peuvent offrir des rois que chérissent leurs frères ;
où, près du maître assis, brillans de sa splendeur,
quelquefois partageant le poids de sa grandeur,
ils vont à des sujets placés loin de sa vue
de leurs devoirs sacrés rappeler l’étendue ;