Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/293

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et, marchant sur sa trace, aux conseils, aux combats,
recueillent les honneurs attachés à ses pas !
Qu’à ce prix signalant l’amitié fraternelle,
on mette son orgueil à s’immoler pour elle,
je conçois cet effort. Mais en ces lieux ! Mais
toi ! …


ZÉANGIR.


Il est fait pour mon âme, il est digne de moi.
Est-ce donc un effort que de chérir son frère ?
Serait-ce une vertu quelque part étrangère ?
Ai-je dû m’en défendre ? Et quel cœur endurci
ne l’eût aimé partout comme je l’aime ici ?
Partout il eût trouvé des cœurs aussi sensibles,
un père, hélas ! Plus doux… des destins moins terribles.
Non, vous ne savez pas tout ce que je lui dois.
Si mon nom près du sien s’est placé quelquefois,
c’est lui qui vers l’honneur appelait ma jeunesse,
encourageait mes pas, soutenait ma faiblesse ;
sa tendresse inquiète au milieu des combats,
prodigue de ses jours, m’arrachait au trépas ;
la gloire enfin, ce bien qu’avec excès on aime,
dont le cœur est avare envers l’amitié même,
lui semblait le trahir, et manquait à ses vœux,
si son éclat du moins ne nous couvrait tous deux.
Cent fois…


ROXELANE.


Ah ! C’en est trop : va, quoiqu’il ait pu faire,
tu peux tout acquitter par le sang de ta mère.


ZÉANGIR.


ô ciel !